La Yuki-onna est l’un des esprits féminins les plus marquants du folklore japonais.
Elle se manifeste par des nuits glaciales, au milieu de tempêtes de neige, sous l’apparence d’une femme d’une beauté surnaturelle. Grande, élancée, vêtue d’un kimono blanc immaculé, avec des cheveux noirs longs et flottants, son visage pâle contraste avec ses lèvres parfois bleutées ou violettes.
Elle flotte sur la neige sans laisser de traces, apparaissant et disparaissant dans les tourbillons de vent. Cette image d’une beauté glaciale et inaccessible fascine autant qu’elle terrifie.
Les premières histoires de Yuki-onna viennent des légendes orales transmises dans les villages isolés de montagne, où l’hiver représentait un danger constant. Chaque région possède sa version, mais toutes associent la neige, la mort et l’esprit d’une femme disparue.
C’est Lafcadio Hearn (1850–1904) qui fit connaître ce mythe à l’Occident dans Kwaidan: Stories and Studies of Strange Things (1904). Dans sa version, elle tue les voyageurs perdus, mais épargne un jeune homme à qui elle fait promettre de ne jamais parler d’elle. Des années plus tard, lorsqu’il rompt sa promesse, elle disparaît à jamais.
D’autres récits anciens la décrivent comme l’âme d’une femme morte de froid ou abandonnée pendant une tempête, condamnée à hanter les montagnes à jamais.
Dans les légendes de Niigata, elle est cruelle et tue les hommes d’un souffle glacé.
Dans le Tōhoku, elle enlève les voyageurs perdus ou les enfants égarés, parfois pour les protéger.
Dans le folklore d’Aomori, elle apparaît comme une belle épouse qui cache sa véritable nature. Lorsqu’un homme rompt sa promesse de silence, elle disparaît, fondue comme neige au soleil.
Certaines versions modernes en font une protectrice des montagnes, punissant les hommes violents mais épargnant les cœurs purs. Cette dualité entre beauté fascinante et menace mortelle contribue à sa popularité.
La Yuki-onna n’est pas toujours implacable : Dans certains contes, elle respecte les serments et les promesses. Un homme qui jure de garder son secret peut vivre à ses côtés. Mais si ce serment est rompu, elle disparaît aussitôt ou se venge. Des récits évoquent aussi des prières bouddhistes ou des charmes shintō comme moyens de repousser son influence.
La Yuki-onna personnifie les dangers de l’hiver dans le Japon ancien : le froid, la neige, la mort et la solitude. Elle symbolise aussi la féminité mystérieuse et fatale, une beauté à la fois envoûtante et dangereuse. Dans une lecture plus contemporaine, elle incarne la nature elle-même : belle, fascinante, mais impitoyable envers ceux qui la défient. Certains y voient une métaphore du cycle de la vie et de la mort, la neige représentant à la fois la pureté et l’effacement.
Traduction : « Yuki-onna » (雪女) signifie littéralement « femme des neiges ».
Noms alternatifs : Yuki-musume (雪娘, « jeune fille des neiges »), Yuki-jorō (雪女郎, « courtisane des neiges »).
Habitat : Régions montagneuses enneigées du Japon, notamment Niigata, Tōhoku, Nagano, et les Alpes japonaises.